Blog :: Jean Simoneau

Le jeune espion 40 (roman,suite)
         La Maria était devenue un véritable paradis pour Jean-Frnaçois.  L'été, c'était le bain à la rivière et la recheche de la cachette des filles, car, pensait Pierrot Fournier, si les gars s'étaient trouvé un endroit où aller se baigner nus, les filles devaient bien avoir aussi le leur.  La tentation était d'autant plus grande que les filles étaient très peu nombreuses.
        Jean-François prétendait devant ses compères d'être captivé par ce mystère, mais en réalité, sa préférence allait netement à participer aux bains masculins, surtout quand Éphrem, le plus jeunes des mineurs qui avaient à cause de son âge adhéré au groupe des garçons, exhibait ses quinze ans.
        Même s'il devait toujours dissimuler le plaisir qu'il éprouvait devant la nudité pour ne pas attirer l'attention des autres, Jean-François s'expliquait mal pourquoi voir tous ces beaux corps nus créaient autant d'extases intarrissables et de phantasmes accumulés pour les périodes creuses.  Cette contemplation de la beauté humaine le metait en plus en présence de son Dieu qu'il ne manquait pas de remercier de ces faveurs.  Il lui offrait chaque moment de contemplation, persuadé que Dieu ne peut que se réjouir de voir les humains heureux d'admirer sa création.  Ces expériences fui faisaient prendre conscience de la magnificience humaine dont la pureté n'a rien à voir avec la chasteté, mais avec le rire, la flamme dans l'oeil que l'on peut partager, le fuselage des muscles  que l'on peut suivre du bout des doigts ou de la langue et l'ouverture de l'âme vers autrui. 
      Jean-François n'était pas simple voyeur, mais en amour avec la beauté, avec l'esthétique. La beauté est un sentiment qui s'élève en nous quand une chose nous ravit nous plaît. Une espèce de plaisir.
       La vue de ces corps magnifiques l'amenait à penser que peut-être après la mort, la perception de la vie ne sera que la présence intérieure des autres , sous forme d'énergies.  Ces scéances, loin d'être perçues comme des péchés, élevaient son âme et lui permettaient de mieux comprendre ce que sera le bonheur de l'adoration durant l'éternité.  Ce plaisir était surtout mystique.  Quelle est la beauté pure ?  Quelle sera la beauté des êtres sans chair après la mort ?  L'homme peut-il vraiment communiquer avec les anges ?
        Jean-François se demandait souvent si l'attrait des corps était engendré et modulé par celui des âmes .  Le plus important n'est-il pas la beauté des regards, des visages, la musique des rires, la tendresse des touchers ?  Un langage secret.  Pourquoi les âmes ne se découvriraient-elles pas à travers tous ces signes ?  Peut-être qu'à travers toute cette chair, le contact est inévitable entre deux âmes qui vibrent à la même fréquence, appelées à se partager, à se découvrir sans différencier les sexes et encore moins les orientations sexuelles ?  Les âmes n'ont pas de sexe pour se reconnaître,  elles n'ont que la couleur de leur énergie.  Elles n'ont que l'amour pour se fondre ensemble.  L'amour, principe d'attraction d'une énergie que l'homme n'a pas encore identifiée, sinon en nommant sa puissance : la libido ...
      Au bains, Jean-François luttait parfois avec les jeunes de son âge, découvrant l'excitation de la douceur du toucher, une autre façon de découvrir l'autre..   
        L'hiver, c'était différent.  Hockey et beauté de la blancheur de la nature nourrissaient son monde intérieur.  Cette neige comme l'énergie blanche de l'âme libérée lui procurait l'impression d'une paix intérieures inépuisable. Serait-ce que la réalité n'est qu'un symbole de ce qui est ?  Que tout ne soit qu'un langage ?
        Jean-François était aussi très sensible à l'amitié gratuite et extraordinaire qui de développait entre les mineurs.  Malgré les sauts d'humeur et les coups d'orgueil inévitables entre jeunes hommes à peine sortis de l'adolescence, jamais personne ne laissait l'autre sans que l'amitié ne fut rétablie, que la paix règne à nouveau.  Chacun s'assurait que le principe « aime ton prochain comme toi-même pour l'amour de Dieu» soit respecté.  Possiblement, que l'éloignement, l'isolement aidait à forger ce moule d'entente quasi-parfait.  Il aurait été effectivement inévitable de demeurer dans un tel microcosme sans ce partage quasi-biblique.  Personne ne souffrait seul, il y avait toujours quelqu'un pour te consoler, te faire oublier tes soucis. « Si cette solidarité humaine existait sur toute la planète, la terre cesserait d'être un enfer.», pensait Jean-François.
         L'égalité des chances, le respect de l'autre, les partage des mêmes joies et des mêmes souffrances faisaient de la Maria un cocon où il était extrèmement bon vivre  ; mais le ciel exige une telle perfection qu'il est impossobile de la garantir éternellement, même dans un milieu artificiel comme la Maria.
        Ces élans mystiques enflammaient souvent l'esprit de Jean-François, même s'il craignait qu'un tel questionnement fut signe de folie.  Avec la présence écrasante du clergé au Québec, l'obsession omniprésente du mal, il était difficile de croire que la libération intérieure était autre chose qu'un acte d'orgueil.  La liberté de pensée était suspecte.  C'était la foi aveugle, obéissante.  Pour Jean-François, la sexualité était la voie de la libération, le besoin d'affirmer son individualité, voire sa différence. C'était une part de son identité.         
       L'amour de ses semblables fut dans la vie de Jean-François comme l'arrivée à la Maria d'une charrue que l'on fixa au-devant d'un camion pour créer un petit chemin jusqu'au Petit Lac.  Ce petit chemin de liberté vint durant l'hiver transformer la vie sociale de la Maria.  Cela permettait de se rendre facilement à Princetown où les voisins étaient un peu moins catholiques qu'à la Maria.  Parfois, Jean-François et ses compagnons étaient du voyage quoique les mineurs préféraient demeurer entre hommes ... c'était moins risqué dans les hôtels.
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       jean simoneau 2010.
 
 

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