Grâce à la reine, on est encore une colonie ! Comme le Kosovo Je ne savais pas qu'il fallait être parmi les martyrs canadiens pour avoir droit à notre indépendance. Je pensais qu'il suffisait d'être une colonie qui décide de devenir autonome, le plus pacifiquement possible. Que les fédérastes aiment ça ou pas, c'est exactement ce que nous sommes : une colonie d'Angleterre. Faut-il essentiellement devoir créer une guerre civile pour avoir droit à devenir un pays ? En quoi la lutte pour notre autonomie actuelle est-elle différente du combat des patriotes de 1838 ? L'Angleterre ne nous a-t-elle pas fusionnés de force, en nous obligeant de payer la dette de l'Ontario ? Le colonialisme canadien est un fait historique. Octobre 70 le prouve. Ce n'est pas parce que le grand PET a signé le retour de la Constitution et ajouté une Charte des droits que nous ne sommes pas, dans les faits, une nation colonisée. Effectivement, l'armée canadienne est encore sous le commandement de la Gouverneur générale, Mme Michaël Jean, représentante en titre de la reine d'Angleterre. Pour une fois, je suis content que le Canada soit dominé par la reine ! Ça prouve notre lien de colon. D'autre part, sur un plan économique, le Canada anglais a toujours vu à ses intérêts, oubliant le Québec. La centralisation fédéraste va à l'encontre des intérêts du Québec. L'histoire est encore là pour le prouver. D'ailleurs, la Cour Suprême a reconnu l'obligation pour le Canada de négocier avec le Québec, advenant un résultat positif à un référendum sur l'indépendance du Québec. Le refus d'Ottawa démontre seulement sa mauvaise foi. Pire, l'anglicisation galopante de Montréal prouve que sans l'indépendance nous assistons au génocide culturel des Québécois francophones. Voulons-nous exister ? Pourquoi acceptons-nous que le fédéral ne respecte pas notre gouvernement, sous prétexte que nous sommes qu'une province comme les autres. C'est pourquoi nous voulons le plus vite possible devenir un pays comme les autres.
Cette époque fut très importante à bien des points de vue. J'apprenais qu'il est possible d'avoir des amis, même si toute ton âme est dirigée vers les petits gars. Mes relations étaient franches et ne souffraient pas l'hypocrisie vomie dans l'Homo-vicièr. Tout était poésie, peinture, musique Un fleuve d'énergies vitales : amour , rire, beauté. Les femmes-mères me faisaient confiance parce qu'en sachant mon orientation sexuelle , elles pouvaient mieux s'assurer que leurs petits étaient bien en ma compagnie. Elles leur faisaient confiance puisque ta sexualité n'appartient qu'à toi. Ainsi, savoir que je suis amourajeux permettait de parler franchement de ce qui se passait entre moi et jes jeunes. Elles pouvaient en parler franchement avec leurs fistonss sans déclencher de drame. Elles pouvaient leur faire part de leur morale, tout en les laissant libres de juger par eux-mêmes. C'était beaucoup mieux ainsi. La vérité est préférable au silence de la censure. Personnen ne paniquait ou ne paranoïait à cause de ma réalité. Elles me disaient franchement ne pas partager mon point de vue, mais qu'elles le savaient, ce qui leur permettait d'avoir la vérité sut tout ce qui se passait en discutant avec leurs fils. Puis, j'ai connu la marijuana. Fumer était presqu'un rite sacré. J'adorais cette nouvelle dimension. Ce miroir qui révèle un aspect de la vie qui demeure inconnu sans cet artifice . Petit à petit, le pot devint un instrument pour mieux saisir la musicalité de la poésie, la richesses des structures et des images. La mari eut des retombées d'abord très positives. Elle transforma, grâce aux contacts de meilleurs poètes que moi, toute ma perception poétique. Gelé, j'étais méditatif ou rieur. Contrairement à ce que m'avait dit mon psychiatre, je n'ai jamais cherché à dépasser le stade de hashish. J'avais peur. Je me trouvais assez fou pour ne pas risquer de le devenir plus. Trop fumer me rendait encore plus paranoïaque. Je ne voulais pas me brûtler le cerveau comme des milliers de jeunes l'ont fait depuis. Chapitre 2 Au Québec, pour réussir, il fallait être malhonnête.
Au début de l'année 1970, tout était centré sur Réjean. j'aurais voulu que notre amitié soit rétablie comme au début dans toute sa pureté et sa force. Réjean ne semblait pas partager cet avis. Quand je le visitais, il faisait tout ce qui est inimaginable pour attiser ma jalousie. Il prenait un vilain plaisir à jouer au billard avec un nouveau pensionnaire et agisssait comme s'il était très large d'esprit. Il profitait de mes scrupules pour me montrer que j'étais plus niaiseux que son nouvel ami. Sa démarche semblait dire : il n'est pas qu'un tas de scrupules, lui. Les jeunes savent très vite comment manipuler l'adulte qui tombe en amour avec eux. Ils savent qu'ils ont tous les pouvoirs. Pour la première fois de ma vie, j'ai été confronté à une réalité difficile à croire , mais bien réelle : les jeunes en connaissent plus sur la sexualité que nous voulons bien le croire, car aujourd'hui, même avec la censure, ils ont des moyens de s'informer et apprendre ce qu'ils veulent savoir. Ils savent instinctivement comment exploiter les sentiments. Il leur suffit de jouer aux innocents devant leurs parents. Réjean, c'était le corps, le centre, la réalité. Je l'adorais comme je le disas dans Re-jean. Réjean, c'était la raison pour laquelle la vie me semblait précieuse et digne de combat. Réjean, c'était mon espoir incarné. Il était l'énergie qui me poussait à la poésie, mon voeu de voir un jour les hommes comprendre que ce lien est plus important que tout autre idéal... L'amour à l'état vierge, un lien plus important que toute autre idéal... L'amour à l'état vierge. Certainement pas chaste, mais pur. Réjean était une vision du monde qui se dessinait, s'expliquait par les autres éléments de la vie. Mon travail me forçait à prendre conscience d'une autre réalité, moins angélique celle-là, la plupart des gens sont exploités, prisonniers d'une structure qui nous condamne à lutter entre nous, les uns contre les autres, comme dans une jungle. Heureusement, Vauxcouleurs (Estrie) est une des plus belle régions que j'ai connues et mon travail me forçait à la visiter, à apprendre que la terre est parsemée de petit Réjean. La Tribune de Sherbrooke m'avait affecté à la couverture des événements régionaux, c'est-à-dire tout ce qui se passe en dehors de Sherbrooke. Elle avait mis une auto à ma disposition pour me déplacer dans la région. La nature et une certaine liberté dans mon travail commençait à me permettre de rêver à un monde dans lequel le bonheur, la sincérité, la franchise étaient des éléments de base. J'étais aussi naïf que les douze ans de Réjean. Émotivement, j'étais probablement un peu déséquilibré , car j'étais trop extrêmiste. Il me semblait impossible qu'il puise exister des gens pour qui la forture, la gloire, le pouvoir, l'argent puissent être plus importants que la vie, la vie humaine, en partculier. Sans le savoir, j'étais profondément chrétien, malgé mon amourajoie. C'était normal avec l'enfance que j'avais vécue. Je rêvais et j'apprenais petit à petit que ce monde idéal n'existe que dans ma tête. Puis, comme l'avait prédit Gaston Gouin, il se mit à faire mauvais sur tout ce territoire.